« Il est essentiel de trouver d’autres mécanismes qui vont nous aider à valoriser les sous-produits de la canne. »

Jacqueline Sauzier, vous êtes la Secrétaire Générale de la Chambre d’Agriculture de Maurice, quel est le rôle principal de la Chambre ?

La Chambre d’Agriculture de Maurice est une association privée qui a été formée en 1853, et elle avait pour but principal d’encadrer la production de sucre, de thé, de tabac et de jute. 

Nous comptons environ 70 membres dont des individuels, des firmes agricoles, et des compagnies qui ont un rattachement direct ou indirect avec l’industrie sucrière. Certains membres sont aussi des producteurs sucriers qui vont de coopératives à des compagnies ou aussi les transformateurs qui sont les usiniers. Aujourd’hui le sucre est notre principale vocation d’encadrement pour nos membres et nous sommes la voix de 85% des producteurs sucriers qui sont membres à la Chambre. 

La Chambre s’assure aussi qu’il y ait un dialogue étroit entre les membres (usiniers et planteurs) et l’Etat sur les différents textes de loi, mesures ou des difficultés qu’ils font face. Nous assurons aussi le lien entre les institutions qui gravitent autour de toutes ces activités qu’elles soient sucrières ou non. Nous sommes membre de toutes ces institutions pour pouvoir créer ce relationnel et pour s’assurer que les choses fonctionnent à bon escient. Bien sûr, la Chambre maintient une certaine neutralité dans les discussions et dans les décisions afin d’agir en fonction pour le bien de la communauté des planteurs et la communauté agricole. 

Quels ont été les projets phares de la Chambre durant cette année écoulée ?

Suite à l’abolition des quotas des producteurs des betteraviers en Europe, Maurice a connu une baisse importante du prix du sucre. Nous avons donc établi un projet qui est d’essayer de trouver les meilleures solutions possibles pour accompagner la communauté des producteurs sucriers vers une transition qui va les aider à passer un cap sur lequel le prix sera plus bas. Comme je vous le disais, la Mauritius Sugar Syndicate a annoncé un prix aux producteurs de Rs11,000 la tonne de sucre cette année, qui est le prix le plus bas depuis près de 20 ans. Il est vrai de dire qu’il y a des revenus qui proviennent des sous-produits de la canne, comme la mélasse ou la bagasse, mais ce n’est pas suffisant pour assurer un revenu qui soit économiquement viable pour les producteurs. Il est donc essentiel de trouver d’autres mécanismes qui vont nous aider à valoriser ces sous-produits.

Le deuxième projet phare est le programme ‘Smart Agriculture’. En plus d’un accompagnement personnalisé des membres de la Chambre d‘Agriculture impliqués dans la diversification agricole, nous avons pris sous notre aile une dizaine de petits planteurs et nous analysons leurs modes de production pour qu’il y ait une prise de conscience dans l’utilisation de produits tels que les pesticides, insecticides et fongicides afin de limiter au maximum leurs utilisations et que seulement le nécessaire soit utilisé. Le bio? Ce serait la cerise sur le gâteau mais ce n’est pas vers là que nous poussons nos partenaires. Dans une échelle à grandeur de Maurice, nous avons la possibilité de faire de l’agriculture raisonnée et de produire des aliments qui soient plus sains et durable sur le long terme pour les Mauriciens et pour les touristes de passage. 

La coupe sucrière est terminée depuis quelques mois déjà et Maurice a dépassé son objectif de 350 000 tonnes de sucre pour 3,71 millions de tonnes de cannes broyées cette saison. Quel bilan faites-vous de cette récolte ? 

Le sucre est important mais la superficie sous canne est beaucoup plus importante. Une même superficie peut produire une quantité de sucre variable d’une année à l’autre et tout cela dépend aussi des conditions climatiques. Si on regarde la tendance, l’île Maurice perd en moyenne 1200 hectares agricoles par an pour laisser de la place à d’autres développements ou à des terres agricoles abandonnées. Il faut noter que cette année-ci, il y a eu une diminution de 1500 hectares sur la superficie récoltée. Pour la coupe 2017, les chiffres sont raisonnables par rapport à la superficie récoltée et correspondent à un cycle de production normal. Par ailleurs, il y a eu beaucoup d’investissements de l’État à travers des mesures incitatives pour que la communauté des planteurs reste en plantation, mais il y a quand même cette érosion. Une remise en question est nécessaire pour savoir comment est-ce qu’on aide la communauté des planteurs pour les faire rester dans la plantation de la canne. 

Avec la fin des quotas et une nouvelle ère qui commence pour les producteurs de sucre, quel regard jetez-vous sur l’avenir du sucre mauricien ?

Maurice produit du sucre depuis très longtemps, et selon moi, la canne va toujours rester dans le paysage mauricien. Quelle sera la superficie qui restera ? Je ne sais pas ! Quand nous avons pris part aux discussions par rapport à la fin des quotas, nous savions qu’il y avait une nouvelle ère qui allait commencer. Souvenez-vous, quand Maurice ne vendait que le sucre roux et on a changé pour du sucre raffiné, c’était encore le début d’une autre ère. L’industrie cannière a su se remettre en question, se réinventer et évoluer à chaque fois. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire maintenant. Ce sera plus difficile aujourd’hui parce qu’on est dans un monde en mutation, où il n’y a plus de marchés acquis. On ciblait principalement l’Europe maintenant nous sommes appelés à élargir notre panoplie de clients. Les effets technologiques font que le client est beaucoup plus proche de nous, et qu’il exige beaucoup plus surtout par rapport à la vitesse de livraison du produit. C’est un nouveau cycle qui commence et il va falloir s’adapter.

Les conditions climatiques n’ont pas été en faveur du secteur agricole en 2018. Pensez-vous que les agriculteurs sont suffisamment armés pour faire face à cela ?

Depuis le début de 2018, nous avons eu 3 mois de pluie et là nous sommes ravis d’avoir un peu de soleil. Pour ce qui est de la canne à sucre, à ce stade, nous n’avons pas eu vent, qu’il aurait pu avoir des répercussions négatives suite à cette pluviométrie importante. Par contre, c’est la recherche qui va permettre de trouver des variétés qui seront mieux adaptées à notre climat. Il ne faut pas oublier qu’au niveau recherche variétale, cela prend 10 ans pour développer une nouvelle variété de cannes, donc il faudrait avoir une rétrospection bien en avance pour pouvoir faire face à tout cela.

La situation de la culture vivrière devrait nous interpeller. Beaucoup de champs ont été inondés et ont subi des pertes surtout au niveau des légumes. Nous sommes tributaires de ces aléas climatiques !

L’agriculture attire moins la jeune génération et pour palier à cela, vous aviez évoqué le souhait de la création d’une école de formation visant à initier les jeunes à la production agricole. Où en est cette démarche ?

Je reste convaincue qu’il faut avoir un meilleur encadrement afin de revaloriser le métier d’agriculteur. Il faut créer une base de données fiable et correct de la communauté des planteurs, les enregistrer pour savoir à qui on s’adresse, et pour monter des programmes adéquats en fonction des lacunes qui existent. Aujourd’hui on monte des cours par rapport à des besoins identifiés par les décideurs. Est-ce que ceux-ci répondent aux lacunes et besoins sur le terrain ? Je pense qu’il y a un meilleur ciblage à faire et je suis sûre qu’on pourra ramener les jeunes à la production agricole. Comment ? En apportant la technologie, l’utilisation de drones, de capteurs pour l’hydrométrie, les lumières, l’arrosage automatique, entre autres. 

L’agriculture raisonnée ou Smart Agriculture est l’un de vos projets pour Maurice. Est-ce que cela a accroché auprès des agriculteurs ?

Le programme a eu deux phases : la première phase a eu lieu en 2015-2016 et faisait un état des lieux de la situation agricole à Maurice. Nos conclusions ont été présentées en janvier. Cela nous a permis de voir quels axes il nous fallait orienter nos ressources pour la deuxième phase. Nous avons pris un an pour l’écriture de la deuxième phase et trouver un financement et nous avons débuté le travail de terrain en septembre 2017. Nous avons aujourd’hui une quinzaine de membres au niveau de la Chambre d’Agriculture et autant de petits planteurs qui sont engagés dans cette transition écologique. Notre partenaire local est le FAREI (Food Agricultural Research and Extension Institute) et le CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) est notre partenaire international. Nous avons choisi le CIRAD car ce dernier a déjà mis en place ce programme pour diminuer l’utilisation de produit phytosanitaire en culture vivrière à la Réunion. Au cours de la mise en place de ce programme, nous allons partager les pratiques culturales de nos deux îles, nous avons tout à gagner de cette collaboration. Nous avons aussi mis en place des formations pour améliorer la connaissance sur la qualité des sols, la reconnaissance de maladies, de bactéries et de parasites qui affectent nos récoltes. Nous avons monté un programme de formation sous le Sectoral Skill Development Scheme financé par le Human Resource Development Council pour offrir de la formation pendant une période d’un an pour tous ces planteurs que nous accompagnons. Nous avons déjà terminé les premières six semaines de formation qui ont été extrêmement bien accueillies. Ces formations allient du travail de terrain et la théorie en salle.

 

Jacqueline Sauzier, vous êtes la Secrétaire Générale de la Chambre d’Agriculture de Maurice, quel est le rôle principal de la Chambre ?

La Chambre d’Agriculture de Maurice est une association privée qui a été formée en 1853, et elle avait pour but principal d’encadrer la production de sucre, de thé, de tabac et de jute. 

Nous comptons environ 70 membres dont des individuels, des firmes agricoles, et des compagnies qui ont un rattachement direct ou indirect avec l’industrie sucrière. Certains membres sont aussi des producteurs sucriers qui vont de coopératives à des compagnies ou aussi les transformateurs qui sont les usiniers. Aujourd’hui le sucre est notre principale vocation d’encadrement pour nos membres et nous sommes la voix de 85% des producteurs sucriers qui sont membres à la Chambre. 

La Chambre s’assure aussi qu’il y ait un dialogue étroit entre les membres (usiniers et planteurs) et l’Etat sur les différents textes de loi, mesures ou des difficultés qu’ils font face. Nous assurons aussi le lien entre les institutions qui gravitent autour de toutes ces activités qu’elles soient sucrières ou non. Nous sommes membre de toutes ces institutions pour pouvoir créer ce relationnel et pour s’assurer que les choses fonctionnent à bon escient. Bien sûr, la Chambre maintient une certaine neutralité dans les discussions et dans les décisions afin d’agir en fonction pour le bien de la communauté des planteurs et la communauté agricole. 

Quels ont été les projets phares de la Chambre durant cette année écoulée ?

Suite à l’abolition des quotas des producteurs des betteraviers en Europe, Maurice a connu une baisse importante du prix du sucre. Nous avons donc établi un projet qui est d’essayer de trouver les meilleures solutions possibles pour accompagner la communauté des producteurs sucriers vers une transition qui va les aider à passer un cap sur lequel le prix sera plus bas. Comme je vous le disais, la Mauritius Sugar Syndicate a annoncé un prix aux producteurs de Rs11,000 la tonne de sucre cette année, qui est le prix le plus bas depuis près de 20 ans. Il est vrai de dire qu’il y a des revenus qui proviennent des sous-produits de la canne, comme la mélasse ou la bagasse, mais ce n’est pas suffisant pour assurer un revenu qui soit économiquement viable pour les producteurs. Il est donc essentiel de trouver d’autres mécanismes qui vont nous aider à valoriser ces sous-produits.

Le deuxième projet phare est le programme ‘Smart Agriculture’. En plus d’un accompagnement personnalisé des membres de la Chambre d‘Agriculture impliqués dans la diversification agricole, nous avons pris sous notre aile une dizaine de petits planteurs et nous analysons leurs modes de production pour qu’il y ait une prise de conscience dans l’utilisation de produits tels que les pesticides, insecticides et fongicides afin de limiter au maximum leurs utilisations et que seulement le nécessaire soit utilisé. Le bio? Ce serait la cerise sur le gâteau mais ce n’est pas vers là que nous poussons nos partenaires. Dans une échelle à grandeur de Maurice, nous avons la possibilité de faire de l’agriculture raisonnée et de produire des aliments qui soient plus sains et durable sur le long terme pour les Mauriciens et pour les touristes de passage. 

La coupe sucrière est terminée depuis quelques mois déjà et Maurice a dépassé son objectif de 350 000 tonnes de sucre pour 3,71 millions de tonnes de cannes broyées cette saison. Quel bilan faites-vous de cette récolte ? 

Le sucre est important mais la superficie sous canne est beaucoup plus importante. Une même superficie peut produire une quantité de sucre variable d’une année à l’autre et tout cela dépend aussi des conditions climatiques. Si on regarde la tendance, l’île Maurice perd en moyenne 1200 hectares agricoles par an pour laisser de la place à d’autres développements ou à des terres agricoles abandonnées. Il faut noter que cette année-ci, il y a eu une diminution de 1500 hectares sur la superficie récoltée. Pour la coupe 2017, les chiffres sont raisonnables par rapport à la superficie récoltée et correspondent à un cycle de production normal. Par ailleurs, il y a eu beaucoup d’investissements de l’État à travers des mesures incitatives pour que la communauté des planteurs reste en plantation, mais il y a quand même cette érosion. Une remise en question est nécessaire pour savoir comment est-ce qu’on aide la communauté des planteurs pour les faire rester dans la plantation de la canne. 

Avec la fin des quotas et une nouvelle ère qui commence pour les producteurs de sucre, quel regard jetez-vous sur l’avenir du sucre mauricien ?

Maurice produit du sucre depuis très longtemps, et selon moi, la canne va toujours rester dans le paysage mauricien. Quelle sera la superficie qui restera ? Je ne sais pas ! Quand nous avons pris part aux discussions par rapport à la fin des quotas, nous savions qu’il y avait une nouvelle ère qui allait commencer. Souvenez-vous, quand Maurice ne vendait que le sucre roux et on a changé pour du sucre raffiné, c’était encore le début d’une autre ère. L’industrie cannière a su se remettre en question, se réinventer et évoluer à chaque fois. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire maintenant. Ce sera plus difficile aujourd’hui parce qu’on est dans un monde en mutation, où il n’y a plus de marchés acquis. On ciblait principalement l’Europe maintenant nous sommes appelés à élargir notre panoplie de clients. Les effets technologiques font que le client est beaucoup plus proche de nous, et qu’il exige beaucoup plus surtout par rapport à la vitesse de livraison du produit. C’est un nouveau cycle qui commence et il va falloir s’adapter.

Les conditions climatiques n’ont pas été en faveur du secteur agricole en 2018. Pensez-vous que les agriculteurs sont suffisamment armés pour faire face à cela ?

Depuis le début de 2018, nous avons eu 3 mois de pluie et là nous sommes ravis d’avoir un peu de soleil. Pour ce qui est de la canne à sucre, à ce stade, nous n’avons pas eu vent, qu’il aurait pu avoir des répercussions négatives suite à cette pluviométrie importante. Par contre, c’est la recherche qui va permettre de trouver des variétés qui seront mieux adaptées à notre climat. Il ne faut pas oublier qu’au niveau recherche variétale, cela prend 10 ans pour développer une nouvelle variété de cannes, donc il faudrait avoir une rétrospection bien en avance pour pouvoir faire face à tout cela.

La situation de la culture vivrière devrait nous interpeller. Beaucoup de champs ont été inondés et ont subi des pertes surtout au niveau des légumes. Nous sommes tributaires de ces aléas climatiques !

L’agriculture attire moins la jeune génération et pour palier à cela, vous aviez évoqué le souhait de la création d’une école de formation visant à initier les jeunes à la production agricole. Où en est cette démarche ?

Je reste convaincue qu’il faut avoir un meilleur encadrement afin de revaloriser le métier d’agriculteur. Il faut créer une base de données fiable et correct de la communauté des planteurs, les enregistrer pour savoir à qui on s’adresse, et pour monter des programmes adéquats en fonction des lacunes qui existent. Aujourd’hui on monte des cours par rapport à des besoins identifiés par les décideurs. Est-ce que ceux-ci répondent aux lacunes et besoins sur le terrain ? Je pense qu’il y a un meilleur ciblage à faire et je suis sûre qu’on pourra ramener les jeunes à la production agricole. Comment ? En apportant la technologie, l’utilisation de drones, de capteurs pour l’hydrométrie, les lumières, l’arrosage automatique, entre autres. 

L’agriculture raisonnée ou Smart Agriculture est l’un de vos projets pour Maurice. Est-ce que cela a accroché auprès des agriculteurs ?

Le programme a eu deux phases : la première phase a eu lieu en 2015-2016 et faisait un état des lieux de la situation agricole à Maurice. Nos conclusions ont été présentées en janvier. Cela nous a permis de voir quels axes il nous fallait orienter nos ressources pour la deuxième phase. Nous avons pris un an pour l’écriture de la deuxième phase et trouver un financement et nous avons débuté le travail de terrain en septembre 2017. Nous avons aujourd’hui une quinzaine de membres au niveau de la Chambre d’Agriculture et autant de petits planteurs qui sont engagés dans cette transition écologique. Notre partenaire local est le FAREI (Food Agricultural Research and Extension Institute) et le CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) est notre partenaire international. Nous avons choisi le CIRAD car ce dernier a déjà mis en place ce programme pour diminuer l’utilisation de produit phytosanitaire en culture vivrière à la Réunion. Au cours de la mise en place de ce programme, nous allons partager les pratiques culturales de nos deux îles, nous avons tout à gagner de cette collaboration. Nous avons aussi mis en place des formations pour améliorer la connaissance sur la qualité des sols, la reconnaissance de maladies, de bactéries et de parasites qui affectent nos récoltes. Nous avons monté un programme de formation sous le Sectoral Skill Development Scheme financé par le Human Resource Development Council pour offrir de la formation pendant une période d’un an pour tous ces planteurs que nous accompagnons. Nous avons déjà terminé les premières six semaines de formation qui ont été extrêmement bien accueillies. Ces formations allient du travail de terrain et la théorie en salle.

 

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