LE CEO d'Alteo, André Bonieux, affiche son pessimisme sur le secteur hôtelier. « Il faudra attendre la fin du confinement et la réouverture de notre aéroport pour redémarrer le tourisme et l'économie en général.» Les touristes européens, qui composent la majeure partie de notre clientèle, reprendront-ils l'avion pour des destinations lointaines et des pays exotiques après la catastrophe qui s'est abattue ? « Les Européens se sont montrés résilients dans le passé et moins frileux. En sera-t-il de même cette fois-ci ? », se demande-t-il.

Une chose est sure, poursuit André Bonieux, c’est qu’il y aura une guerre des prix  entre les hôteliers locaux et même au niveau régional.

Ses craintes concernent surtout l’emploi qui constitue 50% des dépenses des hôtels. « Bien sûr, de nouveaux investissements  seront annulés, certaines dépenses, comme la formation, seront réduites, mais on ne peut pas vendre les biens qui constituent notre fonds de commerce même pour faire face à une baisse des activités car ces derniers reprendront après. » Il prévoit toutefois des fermetures d’hôtels qui ne pourront pas s’adapter à la nouvelle situation. « Cependant, voyons le côté positif, sans paraitre cynique, ce sera une opportunité pour les investisseurs d’acheter des actions aux prix dévissé et faire repartir le business » soupire-t-il. André Bonieux se montre moins inquiet pour le sucre, secteur principal du groupe Alteo. « La canne continue à pousser tranquillement dans les champs et, à condition que la coupe débute bien le 15 juin, on ne prévoit pas de grosses difficultés. Même si le prix sur le marché mondial a baissé légèrement ces derniers jours, le sucre reste une commodité de base et la demande devrait être là. » Les indications récentes en Europe, notre marché principal, montre une légère baisse dans la demande, affirme André Bonieux, mais il estime qu’a priori, il n’y a pas de quoi s’inquiéter pour le moment. Il rappelle aussi qu’Alteo produit de la pomme de terre qui aide à la sécurité alimentaire du pays. « Avec la crise du Covid-19, on réalise, j’espère, l’importance de produire le maximum de denrées alimentaires. Malgré les difficultés dans l’agriculture, il faut s’y investir. » Il se dit contre l’aide gouvernementale, qui devrait être réservée aux secteurs les plus à risque et aux personnes vulnérables.

Avec l’effet de la pandémie sur l’économie mondiale, le CEO d’Alteo prévient contre les velléités protectionnistes et nationalistes. « Certains pays avancés, tels que les Etats-Unis, la Chine et le Japon, le font, particulièrement pour leur secteur agricole. Mais pour notre petite ile et son économie, on doit réfléchir à deux fois avant de fermes nos frontières. En cette période de crise, on parle beaucoup du manque de production locale de certaines denrées mais nous ne pouvons pas tout produire et au juste prix. La population doit pouvoir se nourrir pour pas cher et les enjeux stratégiques nationaux de l’autosuffisance alimentaire sont des sujets délicats qui demandent beaucoup de discernement. Donc avançons vers des solutions raisonnées et raisonnables plutôt que de paniquer, si nous devons importer tel ou tel produit. »

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