Maurice opère un retour en arrière en affirmant sa volonté de réenclencher son industrialisation et en encourageant un retour à la terre. Est-ce la bonne approche pour dynamiser la production intérieure ?

Le récent confinement nous a prouvé qu’une production locale est indispensable afin de ne pas dépendre exclusivement de l’importation. Cela a certainement encouragé les Mauriciens à se lancer dans la production agricole à petite échelle afin d’avoir son propre potager chez soi. C’est une excellente chose, mais cela ne répondra pas à tous nos besoins sur le long terme. Ce qu’il faut, c’est une production locale à grande échelle et réfléchie, avec une bonne compréhension du marché. Cela évitera la production excédentaire de certains produits qui a pour résultats des baisses de prix en-dessous des coûts de production et le découragement de certains producteurs.

Pour pouvoir ‘réenclencher l’industrialisation’ et redynamiser la production intérieure, il est primordial d’établir des structures efficientes avec une industrie agricole qui saura répondre aux besoins alimentaires du pays. Ces structures doivent prendre en considération les demandes du marché local, et avoir un processus de planification de toute la production agricole annuelle du pays. Nous attendons toujours de voir la Land Bank of State and Private Agricultural Land qui servira à mettre en relation les propriétaires fonciers et les producteurs potentiels pour la production alimentaire. Cette organisation devra être structurée afin de permettre aussi à chaque producteur de savoir que son produit trouvera demandeur à des prix raisonnables, rendant ainsi son activité profitable. L’introduction du National Agri-Food Development Programme présenté lors du Budget 2020/21 devrait aussi aider la production locale et ainsi réduire notre dépendance vis-à-vis des importations.

 

Comment voyez-vous se développer le marché de l’agro-industrie dans cette ère post-Covid-19 ?

Pour fonctionner dans le long terme, il faudrait une expertise et des investissements qui varient en fonction des besoins de production locale. C’est un fait que beaucoup de nos agriculteurs ont un certain âge et c’est pour cela que la formation des plus jeunes doit être maximisée afin de les encourager et changer l’opinion générale sur le métier d’agriculteur. Il faut aussi investir dans la mécanisation à toutes les étapes de production et de conditionnement, afin d’avoir un rendement de qualité et prolonger la durée de vie des produits. Aujourd’hui, l’agro-industrie peut augmenter ses capacités grâce à la mécanisation et faire appel à la technologie de pointe, la robotique ou même l’intelligence artificielle.

 

Certains conglomérats se repositionnent dans l’agro-business en se lançant davantage dans l’agriculture. Pensez-vous vous lancer dans la production agricole ?

Avec la fin des quotas sucriers en 2017, le vieillissement de la population des travailleurs agricoles de l’industrie et d’autres facteurs, Alteo Agri a depuis quelques années revu sa stratégie agricole en enclenchant un programme de diversification sur nos terres marginales. Ainsi, nous produisons près de 600 tonnes de pommes de terre annuellement sur deux sites, à Mon Loisir et Beau Champ. Alteo opère également deux poulaillers à travers sa filiale Island Fresh Ltd, à Mon Loisir et à Mérandon, avec une production qui avoisine les 3,300 tonnes de poulets par an. Nous construisons actuellement un troisième poulailler afin d’augmenter encore cette production. Le groupe se lance également dans d’autres projets tels que la culture hydroponique  de tomates et tomates cerise ainsi que l’élevage intensif de cerfs pour la consommation locale. Deux autres cultures, l’avocat et le macadamia, sont au stade de plantation expérimentale hors saison de chasse. D’autres projets sont à l’étude.

 

Quelle est la feuille de route pour votre stratégie agricole ?

Notre stratégie agricole se veut raisonnée et réfléchie, en accord avec les besoins et les demandes du marché local. Pour nous, comme pour les autres producteurs de l’île, il est donc primordial de mettre en place ce Land Bank of State and Private Agricultural Land qui permettra aux producteurs de connaitre avec précision la demande locale et ainsi planifier la production pour qu’elle réponde à ces besoins tout le long d’une année. Cela évitera des pénuries qui augmentent le prix des denrées pour le consommateur, ou que le marché se retrouve inondé d’un seul produit, poussant le producteur à brader les prix.

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