Le Covid-19 a chamboulé nombre de secteurs. Les activités économiques ont été déstabilisées suivant le confinement lié à la pandémie. Mais qu’en est-il de l’industrie cannière, dont le coup d’envoi de la récolte a été donné le 15 juin ? L'express a posé la question à Andre Bonieux, Chief Executive Officer (CEO) d’Alteo.

« Malgré les difficultés auxquelles fait face le secteur, heureusement, la récolte de 2020 se passe bien. Les Work Access Permits et surtout l’engagement de nos employés pendant la période du confinement nous ont permis d’entamer la coupe et la production sucrière sans problème majeur », rassure-t-il. Et de rappeler que les mesures sanitaires prises pendant le confinement ont assuré la sécurité de tous les travailleurs d’Alteo.

Le CEO explique qu’après chaque récolte sucrière, l’usine est démantelée, révisée et remontée juste avant la prochaine récolte. « Grâce à nos équipes nous avons pu commencer la coupe comme prévu le 17 juin. Les conséquences d’un début de récolte reporté de deux mois auraient été catastrophiques pour Alteo et pour toute la communauté de planteurs qui dépendent du bon fonctionnement de l’usine. Car la teneur en sucre de la canne chute drastiquement après les grosses pluies de décembre lorsque le cycle de pousse recommence. L’impact sur la production aurait été désastreux. » Une production totale de 310 000 tonnes de sucre est prévue pour la récolte 2020 à Maurice, dont 120 000 tonnes par Alteo. Le prix de vente du sucre blanc sur le marché européen est actuellement d’environ Eur450 CIF, soit Rs 20 000 la tonne, duquel doivent être déduits les primes de raffinage, le transport, les frais de stockage, entre autres. 

 

ELEVAGE DE CERFS

André Bonieux souligne que chez Alteo, l’exploitation de champs à faible rendement et qui sont trop rocheux pour être récoltés mécaniquement fait l’objet d’une revue régulière. Des superficies importantes sous canne sont ainsi appelées à être reconverties pour d’autres activités productives. Ainsi, un élevage de cerfs est envisagé, de même que les plantations d’avocatiers qui sont actuellement à l’essai.

Alteo a aussi en parallèle un programme d’épierrage et prévoit de remettre plus de 2 000 arpents sous production de canne sous les années à venir. « On procède depuis des années a l’épierrage de ces champs et a la préparation des sols pour une plantation ainsi qu’une récolte mécanisée, » indique André Bonieux. La compagnie envisage la mécanisation de toutes les étapes de production de la canne, de la préparation de la terre à la récolte.

« Cette stratégie vise à rendre Alteo compétitive sur le plan mondial, à travers une réduction de ses coûts de production, une stratégie devenue inévitable avec la reforme européenne du protocole sucre et la baisse du prix du sucre », fait ressortir André Bonieux. Avec l’agrandissement des surfaces cultivées mécaniquement, Alteo augmentera sa production dans les années à venir et des coûts de production réduits. Et quid de l’emploi ? Il n’y aura pas de licenciement, nous assure le CEO. « Mais ceux et celles qui partent en retraite ne seront pas remplacés. D’ailleurs les jeunes ne veulent plus travailler la terre. C’est un phénomène mondial. »

En ce qui concerne les activités de raffinage, les volumes de sucre produit ont nettement baissé à Maurice, en raison de la diminution des champs de canne. «  Ce qui fait qu’il n’y a plus de place pour deux raffineries dans l’Ile, malgré la possibilité d’importer du sucre roux pour être raffiné, » déplore notre interlocuteur. Alteo a ainsi raffiné environ 20 000 des 40 000 tonnes de sucre roux importé annuellement pour le marché local et pour être re exporté.

Néanmoins, les accords commerciaux ne permettent pas l’exportation de volumes incontrôlés de sucre importés et raffiné localement. Les limites sont de 15% du total pour le marché européen et de 35% de valeur ajoutée pour le Common Market for Eastern and Southern Africa. De plus, il faut que la prime de sucre blanc sur le marché européen, notre principal client, justifie l’importation du roux, le transport local vers la raffinerie et le port, les frais d’exportation et évidemment la prime de raffinage. Ces opérations demandent un planning minutieux de la logistique, de la vente et des coûts associés. Et L’augmentation de la taxe à l’importation du sucre raffiné aidera-t-elle les producteurs locaux, dont Alteo ? «  Cette augmentation de la taxe ne sert pas à grand-chose dans le sens que nos accords commerciaux au niveau de la SADC permettent l’importation de leurs sucres sans taxes, quel que soit le niveau. Le problème est donc complexe pour protéger le marché local dans l’intérêt des producteurs locaux, » avance le CEO.

 

IMMOBILIER

À noter qu’Alteo est aussi engagé dans la production de 600 tonnes de pommes de terre annuellement, soit 3% du marché local. André Bonieux souligne outre que seules les terres marginales sont consacrées à d’autres projets, notamment l’immobilier, tant à Mont - Piton, à Anahita ou encore à Balnea, pour aider le groupe à améliorer sa situation financière. Ces terres marginales sont également utilisées pour des projets liés à la sécurité alimentaire, notamment la production de tomates, entre autres.

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