A lire dans le Business Magazine du mercredi 13 mai 2020

A Maurice, la crise sanitaire du covid-19 a aussi touché l’économie, notamment les différentes industries qui la composent. Quels sont les impacts de cette pandémie sur l’industrie sucrière ?

L’industrie sucrière a, pour l’instant, été épargnée car l’épidémie et le confinement ont eu lieu pendant l’entrecoupe. Néanmoins, « entrecoupe » ne signifie pas que nous ne travaillons pas, puisque c’est à ce moment que nous faisons l’entretien des champs, de l’usine et de nos machines agricoles afin d’être prêts pour la prochaine coupe. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons  demandé des Work Access Permits (WAP) pour nos employés, afin que ceux-ci puissent venir travailler. Sans le dévouement de nos équipes et le travail crucial qu’ils ont fait pendant ce confinement, il aurait été impossible de démarrer la coupe en juin et les conséquences auraient été désastreuses pour toute l’industrie. Heureusement, nous n’en sommes pas là aujourd’hui, et tant que nous pouvons continuer à fonctionner, en assurant la santé et la sécurité de nos équipes, l’industrie devrait survivre à cette pandémie.

 

La récolte de la canne à sucre s’approche à grand pas, comment allez-vous préparer cela en sachant que les experts médicaux expliquent que la population mondiale devra apprendre à vivre avec le Covid-19 ?

Dès le début du confinement, nous avons mis en place une série de mesures et de protocoles afin d’assurer la santé et la sécurité de nos employés face à cette maladie. Ces mesures, développées avec nos médecins et consultants médicaux, suivent les consignes du ministère de la Santé et de l’Organisation mondiale de la santé face à cette pandémie. Ainsi, nous avons distribué des masques à tous nos employés, à l’usine comme aux champs, nous leur demandons de maintenir la distanciation physique et nous nous assurons qu’ils aient en permanence de quoi se désinfecter les mains. En outre, nous vérifions la température de tous ceux qui entrent dans l’enceinte de l’usine et nous menons régulièrement un exercice de décontamination dans toute l’usine. Nous nous assurons que tous nos employés comprennent et respectent ces mesures et celles-ci continueront à être appliquées même une fois le confinement terminé. Nous devons effectivement apprendre à vivre et fonctionner avec le risque du COVID-19, mais la santé et la sécurité de nos employés demeure notre priorité absolue.

 

Quelles sont les prévisions effectuées par Alteo pour cette saison en termes de production et de bénéfice ?

La saison s’annonce relativement bonne, et nous estimons la récolte à 650 000 tonnes de cannes dans nos champs. Au niveau de l’usine, nous avons pour objectif de broyer 1,2 million de tonne de cannes d’ici à la fin de la coupe, soit un peu plus que l’an dernier. Pour ce qui est des bénéfices, l’industrie est toujours en situation de déficit vu les prix de sucre estimés à Rs 10,500 la tonne et des coûts opérationnels toujours au-delà de ces revenus.

 

Selon vous, quelles sont les différentes aides qui pourraient permettre au secteur de se soulager en ces temps de crise ?

Le secteur sucrier est en crise depuis plusieurs années déjà, et le COVID-19 ne vient qu’accentuer la pression sur le secteur. A court terme, il serait intéressant que les mesures d’aides prises par le gouvernement l’an dernier soient étendues à cette année, et par rapport au COVID-19, le Wage Assistance Scheme va certainement aider pour ceux qui n’ont pu travailler normalement pendant le confinement. Cela étant dit, c’est sur le long terme qu’il faut agir pour sauver l’industrie, avec une réforme en profondeur du secteur.  Nous espérons que la Banque Mondiale fera des recommandations pour aider le secteur industriel à être plus efficient, mettre un schème pour la replantation des champs et augmenter les revenus aux producteurs, notamment avec une meilleure valorisation de la bagasse qui aidera certainement à assurer la pérennité de l’industrie.

 

 

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